Désobéissance et violence
Article mis en ligne le 28 juin 2011

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Désobéissance et violence

18e chronique d’André, sur la Clé des ondes à Bordeaux, lors de l’émission radio Achaïra, le 25 février 2010

X. Renou : Petit Manuel de désobéissance civile

Yves K. : Sartre et la violence des opprimés

Le cercle Jean-Barrué n’a pas fait le choix, unanimement, de la désobéissance civile ou de la non-violence active. Actuellement, il soutient pourtant une action de boycott des produits israéliens ; action entreprise par certains de ses membres ou des proches.

Par ailleurs, ce thème de la désobéissance non violente revient régulièrement dans le cours de mes chroniques ou dans nos débats hors antenne.

Aussi me semble-t-il opportun de signaler le bouquin de Xavier Renou intitulé : Petit Manuel de désobéissance civile, édité chez Syllepse (7 €, 142 p.).

Sous-titré : à l’usage de ceux qui veulent vraiment changer le monde.

Car il faut en finir avec le sentiment d’impuissance qui nous habite…

Car il s’agit de gagner. Mais on ne gagnera pas seuls : nous, les libertaires, il paraît que nous sommes actuellement du côté des minoritaires de la minorité.

Il s’agit donc, d’abord, de mettre l’opinion publique de notre côté, de gagner sa sympathie. Or, d’une façon générale, le grand public n’aime pas la casse pour la casse et la destruction pour la destruction ; il craint pour sa sécurité, pour ses biens même modestes, pour sa voiture qui risque de brûler, etc. : il prend facilement peur devant les violences… et bascule alors dans le camp de nos adversaires.

Il s’agit donc de mettre en place des actions qui auront plutôt sa sympathie afin qu’il se retourne contre nos adversaires. Par ailleurs, il s’agit aussi de diviser l’autre camp. Oui, c’est possible !

Voici quelques recommandations pêchées, presque au hasard, avant l’action :
− Avoir une pensée stratégique avec des objectifs clairs, précis, atteignables,
et déclinés par étapes, autrement dit avoir une « pédagogie de l’action ».
− Se méfier du goût de la « réunionnite », prévenir les compétitions entre les différents « égos » des militants ; réduire les effets de la domination ; refuser le sectarisme et la pureté révolutionnaire, etc.
− Renoncer à la violence car elle est souvent contre-productive par ses effets pervers : se demander par exemple ce que l’on gagne à affronter violemment la police. Et se dire que la violence, de par sa logique, va exclure les militants les plus faibles, les plus vieux, va favoriser une mentalité viriliste, sexiste, voire militariste, etc.

Mais il faut convenir qu’il y a des « zones grises » entre la violence et la non-violence, et qu’il faut en discuter avant l’action.

Il y a − ou il y avait − ce que l’on appelait l’École de guerre. Eh bien, il s’agit maintenant d’étudier et de mettre en pratique la désobéissance civile et l’action non violente.

Et ce, en abandonnant ce que Xavier Renou nomme une pensée magique :
C’est-à-dire une pratique qui relève de l’automatisme, du réflexe conditionné, qui ne sait plus poser la question de l’efficacité, alors qu’on a besoin d’une pensée pour explorer de nouveaux chemins, etc.
Je passerai sur l’arsenal de recommandations avant l’action, pendant l’action, après l’action. Je vous assure que tout est détaillé :
Il s’agit du repérage des lieux de l’action, de l’information, du scénario, du matériel, du budget, de l’aspect juridique, de la sécurité des activistes, de la communication, de la médiatisation, de la répression éventuelle, des contacts avec la police, avec l’adversaire, de la garde-à-vue, des sanctions, etc.

Et, à la fin, il ne faudra pas oublier que l’on peut prendre du plaisir dans ce genre d’action : car nous ne sommes pas pour autant masochistes.

Je vous avais parlé de Camus et sa critique libertaire de la violence, brochure de Lou Marin publiée par Indigène éditions. Indigène éditions publie maintenant une brochure de 22 pages (3 €), intitulée : Sartre et la violence des opprimés. Texte de Yves K. Qui est ce K ? Je l’ignore, mais j’ai ma petite idée sur cet auteur anonyme : un ancien mao proche de Sartre ? Je questionne…

De quoi s’agit-il ? Certains crieront à la récupération puisqu’on y décrit le parcours d’un Sartre qui prit parti en faveur du terrorisme après l’action d’un commando palestinien lors des Jeux olympiques de 1972 jusqu’au retournement du philosophe. « C’est une arme terrible [le terrorisme] mais les opprimés pauvres n’en ont pas d’autres », écrivait Sartre dans la Cause du peuple de cette même année.

Mais, attention ! Cette action n’est possible, pour Sartre, seulement si l’Histoire est concernée, l’Histoire des opprimés qui s’engagent à ébranler la marche du temps et à se dégager d’une oppression qui freine l’évolution… Disons que les choses sont un peu plus compliquées, qu’il faudrait prendre des exemples…

« Pourtant, écrit Yves K., en l’espace de quelques années − les huit qu’il lui reste à vivre −, le philosophe va accomplir un revirement complet, passer d’une justification du terrorisme à sa négation absolue, évolution radicale que très peu ont notée. »

Comment ? Suite à des discussions avec Benny Lévy, son secrétaire, et avec Arlette Elkaïm, sa fille adoptive, une spécialiste du Talmud.

Cette évolution éclatera au grand jour lors de la publication d’extraits du dialogue avec Benny Levy, dans le Nouvel Observateur, en mars 1980, à quelques semaines de la mort de Sartre, en avril 1980. Au grand dam de Simone de Beauvoir et des proches. Mais Sartre insiste auprès de Jean Daniel, le fondateur du journal, affirmant qu’il n’y a là nulle trahison de lui-même. Mais un retour à ses propres sources, quand après avoir rédigé l’Être et le Néant, il commença un manuscrit, publié à titre posthume sous le nom de Cahiers pour une morale.

Si l’Histoire et la morale font chambre à part, Sartre avait affirmé dès 1933 l’autonomie de la conscience.

L’Histoire ne peut trouver son but que dans l’avènement de la morale, dans le « commencement de l’existence des hommes les uns pour les autres, et, là, le terrorisme n’a plus sa place. Je renvoie le lecteur à la brochure pour approfondir tout ça…

Allez ! Un dernier bouquin avant la route : l’Enfance en croix de Gaston Leval (1895-1978) ; c’est le récit de sa vie de martyr jusqu’à l’âge de 15 ans. On se demande comment ce militant exemplaire s’en est sorti. Il ne le dit pas. Livre émouvant pour moi ; car j’ai bien connu Gaston ; et je ne savais rien de cette vie-là. À lire à la bibliothèque de l’athénée libertaire…

Le livre avait été édité par le Scorpion en 1963.


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