Camus et Voltairine de Cleyre

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Camus et Voltairine de Cleyre

17e chronique d’André, sur la Clé des ondes à Bordeaux, lors de l’émission radio Achaïra, le 11 février 2010

Des brochures, des revues et des livres… D’abord, une brochure de 24 pages, une publication de Indigène éditions, intitulée Camus et sa critique libertaire de la violence, de Lou Marin. Vous vous souvenez que nous avions reçu Lou Marin pour la sortie de son Albert Camus et les libertaires, édité chez Egrégores.

La brochure, elle, a eu l’honneur d’une annonce élogieuse dans le Canard enchaîné et, ce, sous la plume de Jean-Luc Porquet. C’est rare !

Ce texte rappelle que Camus ne peut pas être réduit à sa pensée anticommuniste d’après la Résistance. Dès 1940, fréquentant des ouvriers du Livre, alors qu’il était rédacteur à Paris-Soir, il rencontra Rirette Maîtrejean, une ancienne du journal l’Anarchie, une correctrice, qui l’introduisit chez les libertaires. Ainsi Camus rencontra-t-il nombre d’entre eux : Maurice Joyeux, Nicolas Lazarévitch, Victor Serge, Helmut Rüdiger, Jean-Paul Samson, Louis Lecoin, et j’en passe…

C’est ainsi qu’il se prit d’un attachement viscéral pour ce qu’il appelait « le génie libertaire ».

La critique de la violence chez Camus ne veut pas dire une adhésion à la non-violence. Ce serait de la récupération malhonnête ! Il s’agit, pour Camus, de donner des limites à la violence, et tout autant d’en donner à la non-violence. Et Lou Marin est bien d’accord.

N’empêche ! Si on lit avec attention les textes de Camus, tant dans la brochure que dans le bouquin, la conclusion est plus qu’étonnante. Allez-y voir !

Et il faut reconnaître que Lou Marin, cet ami, dont la langue maternelle n’est pas le français, nous a ouvert les yeux sur des écrits que nous connaissions, sans doute, mais dont nous n’avions pas su en retirer ce que je nommerais la quintessence.

Et quand on pense qu’un petit monsieur à la tête de l’État voulait envoyer les restes de cet homme au Panthéon, cet homme qui a écrit :

« La société de l’argent et de l’exploitation n’a jamais été chargée, que je sache, de faire régner la liberté et la justice. Les États policiers n’ont jamais été suspectés d’ouvrir des écoles de droit dans les sous-sols où ils interrogent leurs patients. »

Et Lou Marin nous ouvre encore les yeux sur des textes et des personnages que nous ne connaissions pas, et que lui ne connaissait pas, mais que sa recherche a mis au jour. Je veux parler de l’Italien Ignazio Silone qui, sous le fascisme, écrivit un Manifeste pour la désobéissance civile. Je veux parler de deux autres anarchistes italiens : Andrea Caffi qui publia une Critica della violenza et de Nicola Chiaromonte qui allie Tolstoï et Simone Weil en passant par la tradition révolutionnaire européenne.

En bref, commander cette brochure, et le livre si vous ne l’avez pas encore fait.

Un autre livre, maintenant, de Voltairine de Cleyre, édité chez Lux. Le titre : D’espoir et de raison, écrits d’une insoumise. Il s’agit d’une vingtaine de textes plus ou moins longs.

Je ne connaissais pas cette anarchiste : « sans qualificatif », ainsi qu’elle se nommait, sinon de réputation ; elle est moins célèbre que la grande Emma Goldman, c’est sûr. Voltairine, féministe de haut vol, née en 1866, pouvait traiter au cours de ses conférences de multiples sujets : l’économie, la libre-pensée, la criminologie, la musique, la littérature, etc.

Et de l’action directe non violente dans un texte intitulé « De l’action directe » et publié par ailleurs indépendamment...

Cela m’a surpris car, morte en 1912, le terme de « non-violence » n’était pas encore à l’ordre du militantisme. Sans doute le traducteur a-t-il anticipé sur l’évolution du vocabulaire car, à l’époque, on employait plutôt des termes, d’ailleurs assez malheureux, comme « passive résistance » ou « non-résistance au mal » plutôt que celui de non-violence plus récent.

Je ne résiste pas à vous donner une anecdote citée dans le livre : un sénateur quelconque des États-Unis était disposé à « offrir 1000 dollars pour tirer un coup de fusil sur un anarchiste ».

Voltairine lui écrivit une lettre ouverte, donnant son nom et son adresse et déclarant qu’elle se tenait prête à s’exposer comme cible… mais en présence de témoins, car elle était une anarchiste reconnue, et cela depuis l’âge de 14 ans.

Tout citer n’est pas possible. Je note l’article n° 12 : « Le mariage est une mauvaise action », brillant d’intelligence. Mais aussi le 13 : « L’esclavage sexuel ».

Allez-y donc voir…

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