Médiation dans les entreprises ?
Publié dans "Non-violence actualité" n° 183, sept. 1994.

Ne pas confondre non-violence collective et "management soft".

Article mis en ligne le 27 mai 2009
dernière modification le 25 août 2011

par FS
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Ne pas confondre non-violence collective et "management soft".

Pouvons-nous, comme le médiateur décrit par Yves Chamussy dans NVA de mai 1994 [1] subordonner notre action à la finalité de l’entreprise (son propre développement), admettre ses présupposés (les individus considérés comme des « ressources humaines » pour l’entreprise, les licenciements et les « questions de pollution, d’écologie » vus comme de simples « risques... susceptibles d’entraver (son) développement » à cause des « oppositions conflictuelles » qui peuvent en résulter, respecter ses tabous (ne pas se demander si elle fabrique des manches de casseroles ou des composants pour les missiles, ni comment elle redistribue les gains permis par les progrès de l’informatisation) ? Bref, pouvons-nous fermer les yeux sur les violences de l’institution « entreprise » ?

Pensons-nous qu’un acteur social, ici le médiateur, puisse jamais être « neutre » ? En tout cas, sa « lecture sociale de la situation » ne l’est pas : l’auteur nous précise qu’elle se limite aux « marges d’initiatives possibles » (entendons : compatibles avec le « contrat de réussite » de l’entreprise).

Admettons-nous, à titre de « méthode sociale », de réduire les conflits de groupes à leur dimension individuelle, à des « différends » et des « tensions » « entre les personnes » ? Ne serait-ce pas nous tromper d’échelle ? Yves Chamussy évoque bien les groupes, mais par l’expression « partenaires sociaux », propre à la langue de bois libérale : en évoquant les joueurs d’une même équipe, le terme de « partenaires » occulte les oppositions et les violences économiques, sociales, culturelles... Acceptons-nous cette occultation ?

Les conflits sont toujours là

L’ auteur ne se réclame pas de la non-violence, mais la rédaction de NVA reprend à son compte l’expression « partenaires sociaux » dans son texte de présentation, en l’accompagnant, il est vrai, d’un doute : « La "coopération conflictuelle’’ a-t-elle définitivement remplacé ’’la lutte de classes’’ » ? Pas sûr, les conflits sont toujours là. Pendant les travaux de réfection de la notion de « classes », la lutte continue. Méfions nous du vocabulaire : à force d’utiliser celui des technocrates, on finit par penser comme eux.

Et ceux qui ne sont pas « responsables du personnel », que pensent-ils de la médiation ? Les syndiqués, les non-syndiqués et ceux qui n’ont plus la parole parce qu’ils ont été virés ? Nous ne connaîtrons pas leur point de vue. L’auteur distingue mal entre objectivité et publicité, entre ce qui est et ce qui, selon lui, doit être. Quant à son modèle, ne soyons pas naïfs : il n’a rien d’un absolu hors du temps, il nous vient du comportementalisme et du volontarisme américains, piliers du consensus en faveur de la libre entreprise. N’existe t il pas d’autres grilles d’analyse des comportements humains, et d’autres éthiques ? [...]

François Sébastianoff

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Notes :

[1Le présent texte a été publié dans Non-violence actualité n° 183, sept. 1994.




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