De la désobéissance
Mai 2024 192 p. 10,00 EUR Atelier Création Libetaire
Or ce tyran seul, il n’est pas besoin de le combattre, ni de l’abattre. Il est défait de lui-même, pourvu que le pays ne consente point à sa servitude. Il ne s’agit pas de lui ôter quelque chose, mais de ne rien lui donner. Ces lignes, vieilles de plus de 550 années caractérisent complètement l’auteur de ce livre et le livre lui-même. Ce dernier peut être divisé en deux parties complémentaires. La première est particulièrement bienvenue au moment où les bruits de bottes retentissent dans toute l’Europe. Spécialement en France où le service militaire que l’on pouvait croire du passé revient par la fenêtre du volontariat.
Dans cette première partie, donc, André Bernard retrace l’histoire de la résistance à la Guerre d’Algérie par de jeunes gens, appelés au service militaire, qui préférèrent refuser que d’obéir. Ce refus se matérialisa par l’utilisation de méthodes d’action directe non-violente. La période qui va de la fin des années 50 à janvier 1963 raconte concrètement les épisodes qui se succédèrent dans cette lutte radicale . Plus de soixante années après la fin de cette guerre, il est possible d’affirmer qu’ils eurent raison de refuser, qu’ils en sortirent grandis et que l’évolution de l’Algérie indépendante, toujours, et plus que jamais enfermée dans l’utilisation radicale des armes, illustre bien la nocivité et l’incapacité de ces dernières de construire une société libérée.
Cet ouvrage, dans sa deuxième partie, passe en revue les endroits du monde où la force sans la violence marqua l’actualité. De la chute du Mur à Berlin qui entraîna la fin du monde soviétique et de son emprise européenne, comme en Hongrie, en Pologne, où déjà des années auparavant, le syndicat Solidarité avait fait reculer le pouvoir communiste, en mentionnant l’action d’Ibrahim Rugovar au Kossovo, celle d’Omar Aziz en Syrie et bien d’autres ailleurs. C’est probablement le manque de place qui explique l’absence des Refuzniks israéliens qui mériteraient un livre à part .
Enfin, pour ceux qui seraient intéressés par des sources écrites illustrant cette action directe non-violente une large place est faite à un bon nombre d’auteurs, dont celui qui écrivit les premières lignes de cet article Etienne de la Boétie.
Brêches libertaires
Novembre 2025 240 pages 12,00 EUR Atelier de création Libertaire
Intitulé ainsi, ce livre peut faire penser à un effort de percer à travers un discours général et d’y planter des pousses anarchistes qui ne demanderaient qu’à fleurir. La lecture du premier texte, L’archipel libertaire, texte collectif, est un essai, une tentative de fracturer le discours anarchiste traditionnel. Il a été publié dans la revue Réfractions. Celle-ci affirmait dès sa naissance que « l’anarchisme ne peut plus se contenter de se ressourcer à des œuvres qui datent, ne peut plus se nourrir de fonds de tiroirs ». C’est ce travail de fracturation qui se continue aujourd’hui en y introduisant l’idée de l’action directe non-violente. À partir de là d‘autres brèches sont possibles. C’est à cela que s’emploie André Bernard, auteur de cet ouvrage conséquent. Elles sont possibles à travers l’anthropologie, le droit, le faire ou la poésie.
Trois gestes de rupture demandent de s’arrêter un moment. Ceux concernant Victor Cachard, Hakim Bey et Henri Laborit. Le premier a rassemblé dans deux ouvrages une histoire du sabotage. Notre auteur remarque que si le sabotage se définit par une opposition à la marchandisation du travail, c’est aussi un acte militant « qui s’adapte aux nouvelles dispositions du capitalisme industriel ». J’ajouterais pour ma part que cela est peut-être la dernière possibilité d’exister face à la numérisation générale de la vie quotidienne. Hakim Bey, auteur américain, créa quant à lui le concept de zone autonome, mais en lui donnant la notion de temporaire, la TAZ. Ce qui lui laisse son caractère révolutionnaire ce que perd la ZAD en perdurant. Pour Henri Laborit on sort du domaine de l‘affrontement direct. Quand ce dernier est trop dangereux, quand l’issue mortelle semble évidente, la fuite devient une nécessité de survie. Survie indispensable pour continuer le combat. Laborit, neurobiologiste célèbre, inventeur du premier neuroleptique, l’avait expliqué dans son petit livre Éloge de la fuite. Parfois il ne sert à rien de s’obstiner dans une impasse. C’est ce que comprirent nombre d’anarchistes, de Voline à ceux qui composèrent la Retirada.
Pour terminer, André Bernard revient sur la question de la violence, car si, pour beaucoup, « la non-violence est synonyme de lâcheté allant parfois jusqu’à la traîtrise » elle n’est en pratique qu’une autre forme d’emploi de la force. À la fin du livre, pour ceux qui voudraient en savoir plus, il y a une bibliographie très fournie.
Faut-il rappeler qu’A.B. publie régulièrement ses chroniques sur son blog
deladesobeissance.fr ?