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Anarchisme et non-violence -2 -
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Le titre de ce livre, "The Grassroots Network", nécessite une brève explication. En anglais tel qu’il est parlé aux Etats-Unis, grassroots (avec un petit "g") fait référence de manière générale aux formes politiques décentralisées des "gens du peuple", par opposition à un leadership institutionnalisé. Mais le terme équivalent dans l’usage ouest-allemand est Basis (la "base"). Le terme Graswurzel (littéralement grassroots) a été emprunté à l’anglais par un groupement politique spécifique, le Graswurzelbewegung (mouvement ou réseau de base), qui a de fortes tendances anarchistes. J’utilise un "G" majuscule pour indiquer qu’il s’agit d’un groupement spécifique. La situation est cependant encore plus compliquée parce que le réseau Grassroots n’a jamais été clairement défini, et parce que les groupes Grassroots se sont souvent identifiés comme des "groupes d’action non-violente", un terme qui est maintenant devenu politiquement beaucoup moins spécifique.

J’ai vécu à Berlin-Ouest d’octobre 1983 à juin 1984. J’ai rejoint les membres du groupe Grassroots de Berlin lors des actions menées en novembre 1983 pour protester contre le déploiement de missiles de croisière et de missiles nucléaires Pershing II américains en Allemagne de l’Ouest. C’est ainsi que j’ai fait connaissance avec le réseau Grassroots. Comme l’activisme non violent était alors à son apogée en République fédérale, j’ai imaginé à tort que le réseau Grassroots était un vaste mouvement impliquant des milliers de militants.

Au cours de l’été 1985, je suis retourné à Berlin-Ouest et en République fédérale afin d’effectuer des recherches pour ma thèse de doctorat à l’université Cornell, qui a constitué le coeur de ce livre. J’ai rencontré des militants de la base dans de nombreuses régions du pays et j’ai participé à un événement annuel auquel le réseau Grassroots est étroitement lié : la Marche internationale non-violente pour la démilitarisation, qui s’est déroulée cette année-là au Danemark et dans le nord de la RFA.
Il ne s’agit pas d’une histoire ou d’une analyse exhaustive du réseau Grassroots. Je me suis concentré sur le rôle que les groupes Grassroots ont joué dans deux des "nouveaux mouvements sociaux" de la RFA : le mouvement écologique des années 70 et le mouvement pour la paix des années 80. Ce faisant, j’ai omis ou n’ai abordé que brièvement de nombreux aspects du développement, de la composition et du travail du réseau. J’espère que ce livre encouragera d’autres personnes à examiner ces autres domaines.

Il ne s’agit pas non plus d’un livre sur les théories de la non-violence politique. Le réseau Grassroots a toujours mis l’accent sur l’action avant la théorie, et ce serait donner une image déformée que de faire des questions théoriques la pièce maîtresse de mon étude. Dans la mesure du possible, j’ai abordé la théorie Grassroots dans le cadre du récit historique afin de montrer sa relation avec l’activisme et le conflit politique.

Ce deuxième voyage m’a donné une idée beaucoup plus claire du réseau Grassroots. L’activisme politique de la gauche avait fortement diminué depuis l’arrivée des Pershing. Il était décevant de constater que les problèmes internes, les contradictions et les faiblesses du réseau Grassroots étaient encore plus nombreux, et de découvrir que le réseau ne comptait pas des milliers, mais tout au plus quelques centaines de participants actifs. D’autre part, j’ai également développé une appréciation plus claire de l’unicité du réseau : J’ai été très surpris de découvrir le nombre de projets, de campagnes et de formes d’action que les militants de Grassroots ont initiés. C’était une leçon sur les limites et les possibilités d’un petit groupe politique.

Matthew Nemiroff Lyons
Ithaca, June 1988