Bandeau
Anarchisme et non-violence -2 -
Slogan du site
Descriptif du site
Introduction - Allemagne de l’Est 1953
Article mis en ligne le 29 juillet 2019

II est trompeur, a affirmé le théologien luthérien Helmut Thielicke, de supposer que parce que la technique d’action non violente de Gandhi s’est montrée efficace en Inde, elle peut s’appliquer au conflit Est-Ouest. Toute décision de principe, dit Thielicke, doit dépendre de la situation dans laquelle elle est prise. « La situation de Gandhi était essentiellement celle d’un homme confronté à un gouvernement démocratique, respectueux des prescriptions de la loi ». La résistance non violente ne pourrait réussir que contre un adversaire « qui éprouve au moins un certain respect pour le sens chevaleresque et qui permet à sa conscience d’exercer une certaine influence sur ses actions ») [1]

« Ravager comme une bête de proie un troupeau de vaches sacrées est intolérable à toute conscience humaine ; et la capitulation plutôt que de commettre un acte intolérable était le but vers lequel la stratégie psychologique de Gandhi poussait ses adversaires. II les rendait impuissants grâce à leurs propres vertus.

« C’est là ce qui fait paraître plus que douteux que les principes de Gandhi puissent être appliqués au conflit Est- Ouest, car la question se pose de savoir si un adversaire combattant au nom du marxisme-léninisme réagirait de même façon, et si ce type de spéculation psychologique ne serait pas complètement déplacé. En dehors même du mépris général de la vie humaine dont cette famille idéologique est coutumière, l’éthique bolchévique réussirait toujours à justifier les actes de violence même extrêmes et unilatéraux en faisant référence au but ultime : la révolution mondiale et un ordre social idéal...

« Essayer d’utiliser l’inspiration gandhienne pour apporter une solution chrétienne au problème nucléaire... est une tentative vaine employant des moyens futiles. » [2]

Ce jugement se base, au moins en partie, sur une interprétation trop limitée des « principes gandhiens » et des ressorts de l’action non violente. Thielicke voit la technique de résistance de Gandhi comme une « stratégie psychologique », un appel moral lancé à l’adversaire, comme le montre sa comparaison de la bête de proie attaquant un troupeau de vaches sacrées. Cette analogie est-elle apte à décrire l’effet produit sur un gouvernement par des formes de non-coopération telles que les boycotts ou les grèves générales ? Thoreau , le premier théoricien de la désobéissance civile, a usé d’un terme de physique pour décrire cet effet ; pour lui, la désobéissance civile agit comme une « contre-friction tendant à arrêter la machine. » [3] Gene Sharp a creusé cette approche. S’appuyant sur l’expérience historique et l’opinion d’éminents spécialistes des sciences politiques, il affirme que la puissance d’un dirigeant dépend de la collaboration et de l’obéissance de ses sujets. Le dirigeant ne tire pas son pouvoir de lui même, mais bien de facteurs qui lui sont extérieurs. Sa position sera menacée si la non-collaboration le prive de son autorité sur l’économie, les forces armées et l’administration.

« Si le refus (de collaboration) peut se maintenir malgré des sanctions variées, alors la fin du régime est en vue. » [4]

Lorsqu’on examine les possibilités d’une résistance non violente contre des régimes communistes, il faut tenir compte de cette théorie de la paralysie du gouvernement par la non-collaboration aussi bien que de facteurs psychologiques.

Les exemples historiques de résistance non violente organisée à des régimes communistes sont peu nombreux et très espacés dans le temps ; on manque de documentation à leur sujet et ils sont difficiles à interpréter. Le soulèvement est-allemand de 1953, les grèves au camp de concentration de Vorkuta la même année, et l’utilisation plus limitée de techniques non violentes durant la révolution hongroise de 1956 en sont les meilleurs exemples. [5] [6] Ces luttes de résistance ne purent atteindre leurs objectifs principaux. Les dirigeants communistes parvinrent à tenir leurs positions, et les opprimés ne s’aventurèrent pas une seconde fois à se soulever ouvertement contre le régime.

Cependant, il serait sommaire de conclure que la résistance non violente contre les régimes communistes ne peut qu’échouer. II est déjà significatif qu’une action de masse totalement ou partiellement non violente se soit produite dans des Etats communistes. Les experts spécialisés dans l’étude de la résistance antinazie déniaient avec emphase la simple possibilité d’une telle résistance, juste avant le soulèvement de 1953 en Allemagne de l’Est. [7] L’analyse de ces luttes qui, même si elles ont fini par échouer, ont fait entrevoir la victoire à l’un ou l’autre moment, nous aiderait à montrer comment des campagnes non violentes contre une régime communiste pourraient être organisées avec succès. Comme il existe peu de rapports sur les grèves de Vorkuta, [8] et que des méthodes aussi bien violentes que non violentes furent abondamment mises en œuvre au cours de la révolution hongroise [9]d des 16 et 17 juin 1953 qui mérite le plus examen. On trouve de nombreuses relations de ce soulèvement, au cours duquel la violence ne fut utilisée que sporadiquement.

Notes :

[1] Helmut Thielicke, 2 Theologische Ethik », vol. II, 2e partie, Ethik des Politischen », Tübingen, Mohr, 1958, pp. 638 640. Bien qu’essentiellement Thielicke ait raison à propos de la situation de Gandhi, la sévérité de la colonisation britannique en Inde tend à être sous estimée

[2] ibidem, p.640

[3] Henry David Thoreau , • La désobéissance civile » ( On the Duty of Civil Disobedience », 1849), Paris, Pauvert, 1967, p. 74. Comme Gene Sharp l’a fait remarquer dans son introduction à une édition de cet essai publiée par « Peace News y en 1963, il était à l’origine intitulé « Résistance au gouvernement civil » et le terme « désobéissance civile » n’apparaît pas dans le texte. Une nouvelle traduction a paru dans « Combat non violent » n52, 53 et 54, 1974 (voir p. 17

[4] Gene Sharp, « Facing Totalitarianism without War » (« Affronter le totalitarisme sans recourir à la guerre n), in Ted Dunn e.a., « Alternatives to War and Violence : A Search », Londres, lames Clarke, 1963, p. 139

[5] Ces cas ont été étudiés par des partisans de la résistance nonviolente. Voir Mulford Q. Sibley e.a., « The Quiet Battle : Writings on the Theory and Practice of Non Violent Resistance », New York, Doubleday, 1963, pp. 117, 132 134 et 187 204 ; Gene Sharp, « Creative Conflict in Politics », Housmans, 1962, pp. 4 5 ; et William Robert Miller, « Nonviolence : A Christian Interpretation N, New York, Association Press, 1964, et Londres, Allen and Unwin, 1965, pp. 349 366.

[6] Cette étude date de 1967, soit avant l’invasion de la Tchécoslovaquie d’août 1968 (NDT).

[7] Des historiens comme Gerhard Ritter, auteur d’une b ographie de Goerdeler, et Walter Gôrlitz, auteur d’une biographie d Hitler, affirmèrent lors d’une conférence de l’Académie Evangélique. la semaine précédant le soulèvement, qu’il ne pouvait y avoir de mouvement populaire contre une tyrannie moderne. Joachim G. Leithéuser. • Der Aufstand im Juni : Ein dokumentarischer Bericht n, Berlin, Grunewald Verlag, 1954, p. 21.

[8] Voir Joseph Scholmer, « Volkuta », trad. Robert Kee, Weidenfeld and Nicolson, 1954. (Publié également par Holt, New York, 1955). Les chapitres qui concernent la grève sont repris dans Sibley e.a., The Quiet Battle Y, pp. 188 204.

[9] Au point de vue du rôle de la résistance non violente dans la révolution hongroise, la fraternisation des rebelles avec les troupes russes et la grève générale qui suivit la défaite du soulèvement armé, méritent une attention particulière. Pour une bibliographie détaillée, vor Paul E. Zinner, « Revolution in Hungary », New York, Columbia University Press, 1962, pp. 365 370. Voir aussi William Griffith, = The Revolt Reconsidered u, « East Europe u, vol. 9, n° 7, New York, juin 1960. , c’est probablement le soulèvement est-alleman
1- Explosion spontanée le 16 juin 1953

Le soulèvement est-allemand explosa spontanément et surprit les autorités qui n’étaient pas préparées à un tel événement. II se produisit après que les dirigeants du SED (Parti d’unité socialiste) [10] eurent tenté de persuader les ouvriers du bâtiment qui travaillaient dans l’artère édifiée à la gloire du socialisme, la Stalinallee à Berlin, qu’il serait dans leur intérêt d’accepter volontairement un renforcement de la norme de travail, autrement dit d’acceper une diminution de leurs salaires en échange de la même quantité de travail. La campagne pour le renforcement des normes était en train en Allemagne de l’Est depuis le début de l’année. Mais la mort de Staline, le 6 mars 1953, avait été suivie dans ce pays de la proclamation soudaine, le 11 juin, d’un « cours nouveau » plus libéral ; la ligne du parti était assez fluide, et les dirigeants du SED et des syndicats, quoique arrogants, ne se sentaient pas très sûrs d’eux-mêmes. Les travailleurs se rendaient compte du changement d’atmosphère et, pour une fois, renâclaient à accepter les nouvelles normes [11]. . Le mécontentement se répandait, et quelque soixante grèves locales avaient éclaté en Allemagne de l’Est durant la première moitié de juin.

Le samedi 13 juin, des travailleurs de la VEB (Volkseigener Betrieb Industriebau) (société publique de construction industrielle) partirent excursionner en bateau ; des membres d’autres syndicats de la construction les accompagnaient, et parmi eux quelques travailleurs du Bloc 40 de la Stalinallee. Leur principal sujet de discussion fut le renforcement des normes, qui devait entrer en vigueur rétroactivement à dater du 1er, juin, et avait été accepté à la suite de pressions. Chacun s’accorda à affirmer que le renforcement « volontaire » ne devait pas être toléré.

Le lundi 15 juin, l’agitation se développa parmi les ouvriers du bâtiment de la Stalinallee. Au Bloc 40, ils élurent deux délégués qui devraient établir une résolution demandant le retour aux normes précédentes à Grotewohl, le Premier ministre, et Ulbricht, le secrétaire général du SED. La direction syndicale invita les travailleurs à attendre l’arrivée des porte-parole du syndicat, mais à 14h30, les travailleurs se mirent en grève et annoncèrent qu’ils ne reprendraient le travail que lorsque la question aurait été réglée de façon satisfaisante. L’annonce de la grève se propagea comme un feu de broussailles sur les autres chantiers de la Stalinallee, mais il était trop tard ce jour-là pour entreprendre une action de soutien.

II est peu vraisemblable que la grève ait été effectivement décidée. au cours de l’excursion, mais les travailleurs y découvrirent qu’ils n’étaient pas seuls à éprouver du mécontentement, et qu’ils ne seraient pas seuls s’ils choisissaient d’entreprendre quelque action de protestation. II existait donc un sentiment de solidarité première condition d’une résistance de masse.

Le mardi 16 juin, un article publié dans le journal syndical Tribüne souffla sur le feu. II annonçait la décision du Conseil des ministres de renforcer les normes de travail de 10 % en moyenne, et de veiller à ce qu’elles soient strictement appliquées pour le 30 juin 1953. Le représentant du syndicat de la construction et du bois pénétra dans le Bloc 40 à 8h30. II ne trouva parmi les travailleurs indignés aucune adhésion au slogan du SED.

« D’abord travailler plus, ensuite vivre mieux. »

Après une discussion qui traîna en longueur, les ouvriers décidèrent de ne plus attendre, et d’envoyer à Ulbricht et Grotewolhl les délégués qu’ils avaient élus le jour d’avant. Au cours d’un meeting improvisé, un contremaître déclara qu’il était temps d’agir, et que tous les ouvriers devraient y aller, et non seulement les délégués. L’un des travailleurs a décrit ce moment historique dans l’histoire du soulèvement : « Un camarade s’avança : Faites votre choix. Si vous êtes avec nous, mettez vous à droite [12] ; sinon mettez vous à gauche. Toute la bande se mit à droite. » Le soulèvement commença à cet instant. Les travailleurs résolurent de protester ouvertement. Après cela, ils ne pouvaient plus faire demi-tour. Le fait qu’ils avaient tous choisi la même attitude leur donnait force et confiance.

Ils prirent une vieille affiche et y tracèrent hâtivement les mots : « Nous réclamons une réduction des normes ». Sur l’autre face, on voyait encore l’ancien texte, à présent maculé de peinture blanche qui avait traversé le papier « Le 1er mai, le Bloc 40 a volontairement renforcé sa norme de travail de 10 %. » Les travailleurs allèrent ensuite d’un chantier à l’autre, invitant leurs collègues à les accompagner. Bientôt, les chantiers de la Stalinallee se trouvèrent désertés. Partis à 300, les membres du cortège furent 800 puis, après qu’ils eurent fait le tour du quartier, 2000. Cependant, il n’y avait personne pour mener la marche, et pas de comité de grève. Lorsque après avoir traversé la Strausbergerplatz et l’Alexanderplatz, la foule arriva à la « Cité des Ministères » dans la Leipzigerstrasse, les manifestants savaient seulement qu’ils n’étaient pas prêts à se laisser démobiliser à coups de slogans du parti. Ils voulaient interroger Grotewohl et Ulbricht. Selbmann, le ministre de l’Industrie, de la Construction et des Mines, et un certain professeur Havemann [13]

haranguèrent les manifestants, essayant de les convaincre de se disperser. Ceux ci n’avaient toujours pas de porte-parole. Un travailleur raconta par la suite : « A ce stade de la manifestation, il était évident que la foule ne se sentait pas sûre d’elle-même. Personne ne savait quelle serait la démarche suivante, et personne n’était prêt à prendre la tête ou à se faire le porte-parole. »

Dix minutes environ s’écoulèrent, puis un ouvrier du bâtiment s’écria : « Camarades, j’ai passé cinq ans dans un camp de concentration nazi. Pour l’amour de la liberté, je suis prêt à risquer dix autres années sous ce régime-ci. » II fut applaudi et acclamé. Chaque mot des brefs discours qui suivirent parla de courage et de volonté de faire des sacrifices. Chaque discours était un acte d’autolibération qui, livré au public, le libérait de la peur et de l’envoûtement du régime totalitaire. L’un des orateurs réclama des élections libres et à vote secret. Un machiniste de 25 ans monta sur une table et dit : « Camarades, attendons encore une demi-heure. Si à ce moment Grotewohl et Ulbricht ne se sont pas montrés pour satisfaire nos réclamations, nous défilerons à travers les quartiers ouvriers de Berlin et inviterons nos camarades à entamer demain une grève générale. »

L’appel à la grève générale contre un gouvernement qui s’affirmait ouvrier équivalait à un appel à la révolution. Comment la foule réagit elle ? Un témoin raconte : « Tout d’abord, nous fûmes tous stupéfaits, peut être parce que nous ne nous étions pas rendu compte de la vitesse à laquelle la situation évoluait. L’instant d’après, il y eut une tempête d’applaudissements et les gens se mirent à discuter de la grève générale. Les plus jeunes ne savaient même pas de quoi il s’agissait. »

Que le mouvement de protestation contre le renforcement des normes s’était transformé en soulèvement populaire, cela apparaissait à l’évidence dans les cris qui s’élevaient : « A bas le gouvernement ! » « Liberté ! », et un chant qui visait Pieck (le président de la République), Grotewohl et Ulbricht : « Un bouc, une panse et des lunettes, ce n’est pas ce que veut le peuple » (« Spitzbart, Bauch und Brille sind nicht des Volkes Wille »). Chantant en chœur, le cortège d’ouvriers appelait à la grève générale. Les camions à haut-parleurs envoyés par le gouvernement pour annoncer que le Politbüro allait « reconsidérer » les normes, arrivèrent trop tard. Les manifestants saisirent l’un de ces camions dont ils expulsèrent quelques représentants du gouvernement, et transmirent leur invitation à la grève à des milliers d’ouvriers, qu’ils appelèrent à se rassembler sur la Strausbergerplatz de Berlin le matin du 17 juin. Le cortège revint à la Stalinallee où il se dispersa vers 17 heures. Le camion à haut parleur fut rendu et les ouvriers rentrèrent chez eux.

Notes :

[10] Le S.E.D., parti au pouvoir en Allemagne de l’Est, naquit en 1946 d’une coalition entre le Parti Communiste Allemand (K.P.D.) et le Parti Social Démocrate (S.P.D.). Les membres du S.P.D. qui se trouvaient dans la zone d’occupation soviétique ne votèrent jamais sur cette fusion. Ce ne fut qu’à l’ouest qu’un référendum fut organisé parmi les membres du S.P.D. ; il aboutit à la victoire des opposants à la fusion.

[11] Sur l’histoire des événements qui menèrent au soulèvement, voir Stefan Brant, n Der Aufstand : Vorgeschichte, Geschichte und Deutung des 17. Juni 1953 v, Stuttgart, Steingrüben, 1954, pp. 11 102. (Ce livre a été publié en anglais sous le titre n The East German Uprising », traduction et adaptation de Charles Wheeler, Londres, Thames and Hudson, 1955, et New York, Praeger, 1957). Voir aussi Arnulf Baring, « Der 17. Juni 1953 , Cologne, Kiepenheuer & Witsch, 1965, pp. 19 55e Mon récit du soulèvement ne prétend aucunement à l’originalité et pour l’essentiel suit Der Aufstand im Juni p de Leithàuser, qui résulte de la compilation de témoignages oculaires

[12] Témoignage oculaire cité dans Leithâuser, « Der Aufstand im Juni », p. 14

[13] Heinz Brandt, qui lui aussi parla à cette foule (voir plus loin), m’a dit que c’est ce même professeur qui, durant l’hiver 1963 1964, critiqua dans ses cours les dogmes communistes, suscitant ainsi le mécontentement du S.E.D. et l’attention de l’Ouest. Voir Robert Havemann, « Dialektik ohne Dogma ? Naturwissenschaft und Weltanschauung » Reinbeck, Rowohlt, 1964 ; également « S.E.D. und Freiheit : der Fall Havemann », « Der Spiegel », Hambourg, 25 mars 1964. Brandt affirme que Havemann, debout sur le vélo du haut duquel lui même s’adressa à la foule, exprima des critiques quant à la politique menée jusque là, mais que son but était de faire se terminer la manifestation. Selon lui, malgré des interruptions, Havemann put achever son discours. Dans Leithäuser, op. cit., p. 17, on laisse entendre que Havemann fut forcé de se taire au bout de trente secondes.
2- Le soulèvement se propage

Le soulèvement se propagea avec une rapidité sans précédent dans les campagnes de résistance. Le 16 juin au matin, 300 travailleurs avaient formé le cortège sur la Stalinallee ; le lendemain, ils étaient au moins 300 000 en grève dans 272 localités de toute l’Allemagne de l’Est, soit 5,5 % des 5 500 000 salariés du pays. II ne faut pas chercher explication de ce phénomène, ainsi que le fit plus tard le SED, dans le fait que le soulèvement aurait été préparé en République fédérale pour éclater un certain Jour J, et aurait été dirigé par des provocateurs venus de Berlin Ouest et des agents fascistes. Au contraire, le récit des premières heures du soulèvement montre clairement qu’il manquait totalement de chefs et que chaque démarche fut improvisée.On ne peut dire que l’Occident se précipita pour soutenir le mouvement révolutionnaire. Les Alliés et le gouvernement fédéral furent pris complètement par surprise. Le maire de Berlin-Ouest, Ernst Reuter, se trouvait à une conférence à Vienne et les autorités militaires américaines refusèrent de le faire rentrer à Berlin par avion spécial . A 16 h 30, le 16 juin, la RIAS, station de radio berlinoise de langue allemande contrôlée par les Américains, diffusa les premières nouvelles de la manifestation à Berlin-Est, mais refusa de transmettre l’appel à la grève générale ou de laisser un ouvrier est-berlinois prendre la parole. Le 17 juin, à 1h24, et de nouveau à 2h24, la RIAS diffusa un témoignage oculaire qui faisait mention de la grève générale, Du côté occidental, le seul appel explicite à la résistance fut celui que lança le président de la confédération syndicale de Berlin, Ernst Scharnowski, lorsqu’au micro de la RIAS, le 17 juin à 5h32, il pressa les Allemands de l’Est de se rendre sur la place principale de leur localité.

II se peut que ces messages, qui furent écoutés partout en Allemagne orientale, aient contribué au déclenchement de la grève du 17 juin. Mais en Allemagne de l’Est même, les moyens de communication étaient utilisés pour propager les nouvelles. Selon de multiples témoignages, dans l’après-midi du 16 juin, des fonctionnaires des chemins de fer et du Département du Commerce intérieur et extérieur se servirent des réseaux de téléphone et de télex pour informer leurs collègues des événements de Berlin.

Le fait que les nouvelles des manifestations à Berlin parvinrent à la plupart sinon à la totalité des localités du pays n’explique pas à lui seul pourquoi un peu partout les travailleurs se déclarèrent immédiatement solidaires de leurs camarades berlinois et se joignirent à la grève. II ne peut y avoir qu’une seule explication, celle que donna un membre de la Police populaire (« Vopo ») de Berlin-Est lorsque des ouvriers du bâtiment le pressèrent de participer au cortège. Tout d’abord, lui et ses deux compagnons restèrent silencieux et immobiles, puis tout à coup il arracha sa vareuse, la jeta par terre et s’écria : « Voici le jour que j’attendais ! »

Le récit d’un ouvrier de Brandenburg donne une impression colorée de la manière dont fut reçue la nouvelle des événements de Berlin, et des difficultés que rencontre une grève qui se heurte aux intentions des syndicats :

« Le soir du 16 juin, nous avons entendu la RIAS parler des manifestations à Berlin. Les camarades pouvaient à peine en croire leurs oreilles, et nous étions pleins d’espoir. Au travail, nous discutions de ce que nous avions entendu. De petits groupes se formaient partout. Quelques ouvriers soulevèrent la question : devions nous participer à la grève ? Tout d’abord, personne n’osa dire : « Nous voulons la grève ».

Au bout d’environ une demi-heure de travail, un camarade que nous ne connaissions pas répandit la nouvelle que les ouvriers du bâtiment employés à l’aciérie étaient en grève et déjà en route vers le centre de la ville. D’un côté, nous étions terriblement ennuyés à l’idée de rater quelque chose ou d’arriver trop tard pour y participer. De l’autre, nous avions quelques doutes parce que l’homme qui nous avait parlé n’était pas dans l’usine depuis longtemps et que nous avions connu souvent des expériences désagréables avec des gens qui allaient d’un groupe à l’autre en chuchotant et en bavardant. Certains étaient des espions. « Nous avons discuté de ce qu’il fallait faire et décidé que l’un de nous irait à l’aciérie voir ce qui se passait. Quand il est revenu, il a confirmé tout ce qu’on nous avait dit. Les rues s’étaient remplies de travailleurs, tout le monde était en route. Avec quelques camarades en qui j’avais confiance, nous avons décidé de « préparer »les autres. Nous nous sommes dispersés dans l’atelier et nous avons parlé aux ouvriers que nous croyions assez braves pour faire passer le mot d’ordre de grève. Nous comptions qu’en une demi-heure le mot d’ordre aurait fait le tour.

« Ensuite, avec deux camarades, nous avons simplement abandonné nos machines. Cela devait se remarquer immédiatement parce que c’étaient les grosses machines dont dépend presque tout le travail. Nous avons ramassé nos outils à grand bruit et nous les avons jetés sur la table au dépôt. Les autres ont compris et les uns après les autres ils ont laissé tomber les leurs. Nous avons dit aux quelques-uns qui travaillaient encore de s’arrêter, et nous nous sommes rassemblés dans la cour pour discuter de la situation. Certains ne pouvaient pas croire les nouvelles c’était trop beau pour être vrai. Certains voulaient courir dehors pour ne rien manquer. Mais nous voulions attendre jusqu’à ce que toute l’usine soit avec nous.

« Entre temps, quelques hommes du parti, des gens de la direction et le contremaître se sont montrés. Ils nous ont demandé ce qui se passait. “Vous le savez mieux que nous”, avons-nous répondu. “Pouvez vous nous dire ce qui arrive à l’aciérie ?” a demandé quelqu’un ; un autre a crié : “L’aciérie est en grève !” Alors tout à coup les gens du parti ont compris ce qui se passait. L’un d’eux a dit : “Les ouvriers de l’aciérie ne sont pas en grève, ils manifestent. Et encore, pas tous, seulement les ouvriers de la construction ; ils veulent une augmentation de salaire”. “D’accord, avons-nous dit ; nous aussi nous manifestons pour une augmentation de salaire”. La discussion a traîné en longueur, les officiels essayaient de nous persuader de mettre nos revendications par écrit, pour qu’elles puissent être présentées au directeur. Les représentants du syndicat de l’entreprise, qui avaient toujours suivi la ligne officielle, nous ont dit que nos revendications étaient justifiées et devaient être prises en considération. Nous avons discuté environ une demi-heure. A la fin, un camarade a proposé qu’on vote si on manifestait ou si on retournait au travail. Le porte-parole du syndicat de l’entreprise, qui avait encore l’air de dominer la réunion, a demandé : “Qui vote pour mettre tout par écrit et retourner au travail ?”. Pas un seul, même parmi les gens du parti, n’a levé la main. Eclats de rire. Le syndicaliste ne savait que dire. Quelqu’un a crié : “L’autre proposition !” Alors il a fallu faire voter sur celle-là aussi. Environ 90 % ont levé la main. « Quelqu’un vote contre ?”. Personne n’a bougé. Un gars qui était debout près de moi a dit : « Ce sera le plus beau jour de ma vie.” »

Dans la région industrielle de Halle où les grévistes surent retrouver une longue tradition syndicaliste, le soulèvement se développa très rapidement. Dans cette ville, des représentants des comités de grève de presque toutes les entreprises industrielles se réunirent à 13h30 le 17 juin, à la station transformatrice, sur la place du Marché, et formèrent un comité inoffensivement appelé « d’initiative » qui annonça qu’un meeting de masse se tiendrait sur la même place à 18 heures ; la station de radio et le bureau du journal Neuer Weg furent occupés sans violence ouverte, grâce à des négociations que menèrent des représentants du Comité d’initiative.

Le meeting de la place du Marché commença ponctuellement à 18 heures. Selon les estimations, de 60 000 à 80 000 personnes y assistèrent, en dépit des chars soviétiques qui patrouillaient dans les rues depuis des heures et des coups de semonce que la Police populaire avait tirés en l’air. Le président du Comité d’initiative invita la foule à ne pas se laisser aller à des achats dus à la panique, à maintenir sa discipline et à obéir aux ordres des autorités soviétiques. Ensuite, il annonça la grève générale. Selon lui, les troupes d’occupation n’interviendraient pas si l’action de grève se faisait en bon ordre. Entre temps cependant, l’état d’urgence avait été proclamé à Halle et, comme le Comité d’initiative se prononçait fermement contre toute résistance, les chars soviétiques et la Police populaire n’eurent pas de difficultés à rétablir l’ordre.

Non loin de là, dans les entreprises électro-chimiques de Bitterfeld, le soulèvement connut un déroulement semblable. S’adressant à 10 000 manifestants depuis un camion muni de haut-parleurs, le président du comité de grève les exhorta à éviter tout acte de violence et à obéir aux ordres des Soviétiques. Caractéristique importante de la grève à Bitterfeld, le comité de l’endroit faisait des préparatifs en vue d’une grève générale atteignant toute l’Allemagne de l’Est qui devait commencer le 22 juin ; ce qui suggère qu’à ce stade, les gens ne pensaient pas en termes de révolution violente. Apparemment, le but était de forcer le gouvernement à démissionner après avoir accordé des élections libres, au moyen d’une grève générale éventuellemet prolongée.
3- Réaction des autorités du parti

Beaucoup d’anti-communistes occidentaux ont fait leur, sans guère la discuter, l’idée que l’Etat communiste possède une machine parfaite de domination et d’oppression. Ils n’y distinguent que deux catégories de citoyens : les fonctionnaires du parti endoctrinés idéologiquement, et la masse des sujets impuissants. Ils considèrent généralement toute résistance comme sans espoir. Carl J. Friedrich et Zbigniew K. Brzezinski ont écrit que « les chances de parvenir à renverser un régime totalitaire sont vraiment minces... aucun effort de résistance ne paraît pouvoir aboutir... »La réaction des dirigeants au soulèvement des 16-17 juin montre que cette conception doit être modifiée. Une résolution de la 15e session du Comité central du SED fit les aveux suivants :

« Les événements du 16 au 19 juin ont révélé que durant cette période de provocation fasciste, certaines organisations du parti, des organes dirigeants du parti, des agents responsables du parti et des membres du parti ont cédé à la panique et à la confusion. Dans beaucoup de cas, des membres du parti se sont joints aux provocateurs et ont pris part à des meetings et des manifestations. D’autres membres, perdant leur sang froid, ont capitulé devant des ennemis du parti et des provocateurs fascistes, ou sont montés dans leur charrette. »

Le soulèvement ne se heurta pas à une direction du parti monolithique. Wilhelm Zaisser, ministre de la Sûreté publique, et Rudolf Herrnstadt, rédacteur en chef du journal du SED, Neues Deutschland, formèrent à l’intérieur du Politbüro et du Comité central une faction visant à renverser Ulbricht. Leur groupe put compter sur l’appui du clan Béria-Malenkov à Moscou et de l’appareil du SED dans le district de Berlin.

Le quartier général du SED de ce district reçut les premières informations sur les grèves de la bouche des membres du parti qui avaient tenté de convaincre les ouvriers de la Stalinallee que la ligne du parti était correcte. Heinz Brandt, secrétaire à l’agitation et à la propagande de cette organisation, a décrit les réactions de ces propagandistes du SED qui, tôt le matin du 16 juin, avaient supplié les ouvriers de renoncer à leur marche de protestation :

« Ils étaient complètement égarés. Pour la première fois de leur vie, ces jeunes hommes, qui pour la plupart avaient suivi des cours dans l’une des écoles du parti, faisaient l’expérience d’un véritable mouvement de la classe ouvrière. Ils ne pouvaient comprendre que ce mouvement soit dirigé contre le « parti ouvrier ».

« A 8h30 (du matin, le 16 juin), Bruno Baum (secrétaire économique de l’organisation du district de Berlin) me convoqua dans son bureau. II était blanc comme un linge. Jusque-là, je ne l’avais jamais vu incertain ou hésitant. Les événements qui venaient d’éclater frappaient ce genre d’hommes comme une incompréhensible catastrophe naturelle. La formule salvatrice du Jour J préparé à l’extérieur ne leur vint pas à l’esprit tant que les chars russes ne les eurent pas délivrés de leur position désespérée. »

Le Politbüro du SED se réunit le 16 juin ; comme chaque mardi, à la Maison de l’Unité, siège du Comité central. II discuta des changements de politique et de personnel qu’exigerait le « cours nouveau ». Au moment même où les ouvriers du bâtiment défilaient à travers Berlin, les principaux dirigeants y étaient engagés dans un conflit de pouvoir intérieur.

Après son entrevue avec Baum, Brandt se rendit en voiture à la Maison de l’Unité pour recommander que le renforcement des normes de travail soit immédiatement reporté ; il s’était assuré que Baum se ralliait à contrecœur à cette proposition. Hans Jendretzki, secrétaire du SED de Berlin, et Rudolf Herrnstadt quittèrent la séance du Politbüro et, depuis un corridor, écoutèrent le récit que fit Brandt des événements et sa proposition quant aux normes. Brandt devait ensuite passer plusieurs heures dans ce corridor dans l’attente d’une décision. Finalement, Ulbricht sortit et lui dit que le Politbüro avait accepté sa suggestion. II ordonna à Bruno Baum d’aller à la rencontre des manifestants et de les disperser en leur annonçant que le renforcement des normes était remis à plus tard. Brandt raconte :

« Lorsque nous rencontrâmes le cortège sur l’Alexanderplatz, Bruno Baum renonça à la tâche que Walter Ulbricht lui avait confié. II en avait vu assez pour se rendre compte qu’il s’agissait d’un véritable soulèvement populaire et qu’on ne pouvait le détourner avec un discours improvisé... “II n’y a rien que nous puissions faire ici, dit Bruno Baum. Je vais rentrer au QG du district. Quelqu’un devrait rester ici pour contrôler”. Mais il ne dit pas quelles étaient ses intentions et comment il imaginait un “contrôle” dans de telles circonstances. »

« Entre temps, j’avais parlé à quelques personnes en tête de la manifestation et je leur avais parlé de la remise à plus tard des normes... Bientôt la nouvelle se répandit parmi les manifestants, leur confiance en eux-mêmes se renforça d’autant ; l’action avait obtenu son premier grand succès. »

Lorsque le cortège atteignit la Cité des Ministères, Brandt consentit à lui parler. Debout sur un vélo, il dit que maintenant que le renforcement des normes avait été reporté, les travailleurs devaient « élire démocratiquement des comités d’entreprise représentatifs. Le « cours nouveau » doit mener à la réunification et à des élections libres ». Mais peu de responsables du parti allèrent jusque-là. Brandt décrit la réaction du fonctionnaire loyal moyen devant la décision du Politbüro :

« Les membres du personnel du SED qui travaillaient dans les environs sortaient et se mêlaient aux travailleurs, mais ils parlaient peu. Ils se sentaient déroutés en apprenant que les nouvelles normes, que jusqu’à ce moment ils avaient défendues, étaient abolies. Lorsque la radio de Berlin-Est diffusa la nouvelle, ces fonctionnaires se sentirent abandonnés par la direction du parti en “retraite” et rejetés par les travailleurs contre lesquels ils avaient défendu âprement le renforcement des normes... »

Le Politbüro et la direction du parti de Berlin avaient calculé que le report des normes suffirait à rétablir l’ordre et que, de toute façon, les manifestations resteraient limitées à Berlin. Lorsque le 17 juin, il y eut de nouvelles manifestations de masse, non seulement à Berlin mais dans tous les centres industriels d’Allemagne de l’Est, les chefs du SED et les responsables locaux du parti durent s’interroger sur ce qu’il y avait lieu de faire.

Depuis le début, certains responsables s’étaient prononcés en faveur de contre-mesures violentes, se conformant ainsi au stéréotype du fanatique aveuglé par son idéologie. Au début de la matinée du 16 juin, au moment où la manifestation commençait à se former sur la Stalinallee et était encore peu nombreuse, Waldemar Schmidt, chef de la police de Berlin-Est, avait sollicité des autorités d’occupation la permission de disperser le cortège et d’arrêter les meneurs. Mais les Russes estimèrent que de telles mesures prises contre des ouvriers auraient un caractère « provocateur » et interdirent strictement toute action policière. Dans la journée du 16, Schmidt se plaignit auprès de Hans Jendretzki, secrétaire du SED de Berlin, de la « mollesse » des Russes. Mais Jendretzki se refusa à exercer des pressions sur les Russes. II ne désirait pas être considéré comme un « massacreur d’ouvriers ».

Fritz Schenk, membre de la Commission de planification d’Etat, observa la manifestation du 17 juin depuis la Cité des Ministères. II décrit les réactions de certains spectateurs :

« La plupart de ceux qui se trouvaient là se sentaient tout à fait en sûreté et même forts en dépit de cette foule qui assiégeait notre porte. De vieux communistes critiquaient la latitude d’action qu’on laissait aux grévistes et affirmaient sans cesse que ces “bandits” devaient être traités par la force. “Ces vagabonds là ne se laisseront pas convaincre par des paroles, seulement par la matraque, et si ça ne suffit pas, peut-être que la poudre et les balles y parviendront”, tonna un vieux membre du SED. »

II est difficile d’analyser ce qui retenait les responsables de recourir à la répression violente. Un élément indiscutablement important est qu’on savait à la Cité des Ministères que les autorités soviétiques installées à Karishorst désiraient éviter l’effusion de sang, et que le ministre de la Sûreté publique avait interdit l’usage des armes à feu. L’affirmation de Jendretzki qu’il ne voulait pas passer pour un « massacreur d’ouvriers » semble inspirée par deux motifs : une hésitation humanitaire à tirer sur des gens désarmés, et une hésitation idéologique à faire feu sur une manifestation ouvrière. Le ministre de la Justice, Max Fechner, exprima même l’opinion que, le droit de grève étant garanti par la Constitution, les meneurs de cette grève ne pouvaient donc être poursuivis.

Les rapports sur les discussions intérieures au SED montrent le climat de dépression qui régnait parmi les responsables. Le matin du 17 juin, Bruno Leuschner, président de la Commission de planification d’Etat, dit à son collègue Schenk, tandis qu’ils regardaient la manifestation :

« Voilà les gens pour lesquels nous nous battons depuis des années, et dont nous croyons que nous avons les intérêts à cœur. Avons-nous fait quelque chose de travers ? »

On dit que même Grotewohl fut personnellement très affecté par le soulèvement de juin. Heinz Brandt résume l’effet produit sur le SED par cette mobilisation de travailleurs conscients de leur classe :

« Les responsables du parti et de l’Etat furent pris de court et de plus en plus paralysés. Un événement monstrueux se déroulait sous leurs yeux : des travailleurs se soulevaient contre “l’Etat ouvrier et paysan”. Le monde s’effondrait autour d’eux. Eux-mêmes étaient victimes d’une illusion collective, ils avaient pris la fiction pour la réalité. Ils ne comprenaient pas ce qui se passait et étaient incapables de réagir. Parmi eux, un groupe numériquement insignifiant se rangea immédiatement aux côtés des travailleurs. Dans leur écrasante majorité, ils étaient furieux et stupéfaits de cet effondrement incompréhensible de tous les principes qu’ils avaient tenus pour acquis. Effrayés à mourir par la révélation soudaine des véritables dispositions d’esprit des travailleurs et de leur force irrésistible, ils restaient passifs et impuissants. Bien entendu, il y avait aussi la foule des opportunistes qui se préoccupaient peu du bien-être des travailleurs mais ne désiraient en aucune manière risquer leur peau pour le SED. Ainsi donc, le 16 juin, le parti se révéla incapable d’agir. »

Le 17 juin, en province, les responsables du parti se trouvaient dans le même état de désarroi, et il est significatif qu’après le soulèvement de juin, les élections syndicales eurent pour effet un renouvellement de 71,4 % du personnel.

Lorsqu’on interprète l’attitude prise par les dirigeants du parti à l’aide de la documentation assez maigre dont on dispose, il est difficile de ne pas aboutir à la conclusion suivante : bien que l’idéologie communiste puisse, comme l’affirme Thielicke, fournir des justifications à une extrême violence, elle peut aussi, dans certaines circonstances, en inhiber l’usage. Les manifestations d’ouvriers chantant l’Internationale plongèrent dans la confusion et paralysèrent le parti précisément parce qu’elles touchaient ses fibres idéologiques
4- Rôle de la police et de l’armée

Les trois principaux piliers d’un régime totalitaire sont l’appareil du parti, la police et l’armée. Comme les 16 et 17 juin, la direction et les cadres du parti se trouvaient dans l’ensemble paralysés, le rôle des forces armées revêtit une très grande importance. Chacune des deux formations armées se composait de deux éléments : la police : de la Police populaire (VP) et de la Police de sûreté (SSD) ; l’armée : de la Police populaire encasernée (KVP) et des troupes d’occupation russes.Les membres de la Police populaire réagirent sensiblement de la même manière que les responsables du parti. Ils restèrent passifs, et certains se joignirent aux rebelles. Ils ne firent pas usage de leurs armes ; tout au plus essayèrent-ils de former de solides cordons de sécurité en se tenant les coudes, comme par exemple devant la Cité des Ministères. A de nombreuses reprises, les manifestants tentèrent d’attirer les Vopos dans leur camp. « N’avez-vous pas honte de défendre ces bandits ? cria un ouvrier aux policiers. Ils se prétendent un gouvernement ouvrier, et ils n’ont même pas les tripes de nous regarder en face. Jetez ces uniformes russes et joignez-vous à nous ! »

En beaucoup de cas, des Vopos entamèrent de longues discussions avec des manifestants et finalement les laissèrent passer. Lorsqu’ils apercevaient des parents et des amis dans un cortège, il leur était plus facile de s’y joindre. Lorsque de tels contacts personnels ne pouvaient s’établir, le simple fait que certaines usines très connues étaient représentées dans les manifestations amenait certains policiers à exprimer leur solidarité avec les grévistes.

Par contre, les manifestants connurent les plus grandes difficultés pour briser la résistance des membres de la Police de sûreté, corps détesté, ou pour fraterniser avec eux. Lorsque des actes de violence éclatèrent au cours du soulèvement, ils furent pour la plupart dirigés contre des gens de la SSD. Dans l’ensemble, toutefois, les policiers de la SSD se terrèrent dans les permanences du parti ou les prisons et s’y tinrent cois, à moins d’être attaqués directement. La dimension des manifestations à elle seule produisit un effet paralysant et décourageant sur les gens de la SSD, peu nombreux et armés pour la plupart de simples pistolets. Dès le matin du 17 juin, le ministère de la Sûreté perdit tout contact avec ses services extérieurs, et vers midi il était complètement isolé. A l’heure actuelle, on ne sait pas encore avec certitude si l’appareil de la SSD tomba en panne ou s’il fut délibérément freiné par le chef de la Sûreté, Wilhelm Zaisser, qui s’opposait à Ulbricht et sympathisait avec les rebelles.

L’atitude de la Police populaire encasernée est encore plus inexplicable. Les nouvelles du soulèvement semèrent la confusion parmi les officiers supérieurs et les états-majors, et en particulier chez les officiers de l’administration politique, à la Behrendstrasse à Berlin. Les hommes de la KVP ne bougèrent pas jusqu’au moment où ils furent mis à la disposition du commandement suprême soviétique ; après quoi ils s’avérèrent un instrument de répression efficace.

Les soupçons que nourrissaient les Russes à l’égard de la KVP se marquent dans le fait que ce corps ne reçut que trente cartouches par homme. Apparemment, les Soviétiques n’estimaient pas impensable que la KVP passe aux rebelles. Toutefois, il serait abusif de conclure des suspicions russes que la KVP n’aurait pu, si elle n’avait pas été placée sous commandement soviétique, se montrer loyale envers le régime. Les hommes de la KVP étaient entourés de plusieurs couches d’isolants qui les empêchaient d’éprouver, ne parlons pas d’exprimer, quelque solidarité avec les manifestants.

Leur existence dans les casernes les séparait du monde extérieur. II en résulta parmi la troupe et, dans une certaine mesure, même parmi les officiers une mauvaise information quant aux causes et au déroulement du soulèvement. Les soldats qui se déployèrent dans Berlin la nuit du 16 juin avaient été informés par leurs officiers qu’ils allaient ramasser des tracts répandus par l’ennemi. Lorsqu’ils trouvèrent non des tracts mais des manifestations ouvrières, les officiers leur expliquèrent, conformément à la position officielle, que des agents américains avaient pénétré en Allemagne de l’Est et incitaient à la révolte certains éléments de la population.

II se peut que les soldats aient éprouvé des doutes, mais il y avait trois autres facteurs isolants pour les empêcher d’acquérir une information convenable. A la différence de la Police populaire ordinaire, la KVP se composait d’hommes originaires d’autres régions du pays que celle où ils étaient stationnés. Peu familiarisés avec la situtian locale, il leur était presque impossible de se former un jugement personnel sur la nature des manifestations. Le développement d’une solidarité de groupe au sein des diverses unités était rendu pratiquement impossible par la présence d’officiers « politiques » et d’agents du Service de Sûreté de l’Etat, qui empêchait toute discussion franche. Enfin, les soldats de la KVP se trouvaient plus isolés des manifestations que les hommes de la Police populaire du fait qu’ils étaient disposés en unités plus importantes et avaient donc moins d’occasions de parler avec les grévistes. Stefan Brandt observe que lorsqu’ils furent répartis en unités plus petites, leur isolement diminua. Au cours des opérations à Halle, le commandant d’une compagnie de la KVP ordonna à ses hommes de mettre bas les armes. L’officier politique d’une unité stationnée à Oranienburg refusa de donner l’ordre de mettre baïonnette au canon. Des cas de désobéissance se produisirent à Erfurt et à Gera. La police maritime de Stralsund montra des tendances à se mutiner.

II n’est pas impensable que l’action même de grandes unités de la KVP aurait échoué si les manifestants avaient remarqué l’absence des troupes soviétiques et refusé de céder devant des soldats allemands. Les historiens sont d’accord que les troupes russes eurent une importance décisive dans l’arrêt du soulèvement : l’apparition des chars russes dans de nombreuses localités à partir du 17 juin à midi et la proclamation de l’état d’urgence plus tard le même jour, ôtèrent ses illusions et son courage au peuple est-allemand et permirent aux responsables égarés de retrouver le chemin de leurs postes habituels dans l’appareil du parti. Brandt décrit la conduite des soldats soviétiques :

« Ils obéissaient aux ordres de leurs officiers, sans émotion apparente, avec une précision mécanique et d’une manière disciplinée. A quelques exceptions près qui ne modifient pas la vision d’ensemble, ils respectèrent strictement la consigne d’éviter les victimes inutiles et les actes de sévérité injustifiée. »

5- Considérations stratégiques et tactiques

Un petit ouvrage consacré à l’analyse du soulèvement et publié par le ministère fédéral des Affaires pan-allemandes adresse aux rebelles la critique de n’avoir pas réussi à occuper les bureaux du télégraphe et les stations de radio, et d’avoir évité le recours à la force. Cependant, l’expérience du soulèvement est-allemand suggère qu’il existe des arguments en faveur de l’utilisation de méthodes non violentes pour la résistance sous des régimes communistes.Indiscutablement, l’attitude généralement non violente des manifestants empêcha le SED de prendre contre eux des mesures immédiates ; en effet, même au ministère de la Justice, personne ne connaissait la portée exacte du droit constitutionnel de grève. Le 16 juin, les travailleurs de la construction arrivèrent au quartier général des syndicats à la Wallstrasse et y trouvèrent porte close. L’un des manifestants expliqua par la suite

« II n’y avait personne aux environs, mais nous n’avons pas essayé d’entrer de force. Si nous avions enfoncé la porte, le gouvernement aurait été trop heureux de se servir de ce prétexte pour prendre des mesures contre nous. »

Le 16 juin fut une journée de manifestations non violentes à Berlin, mais dans le courant du 17 le soulèvement prit des formes de plus en plus violentes. Des affiches communistes, des kiosques à journaux, des portraits de Pieck et d’Ulbricht furent détruits et brûlés. II y eut quelques heurts entre manifestants et policiers qui barraient les rues. Dans certaines villes, les prisons furent envahies et, à la faveur de la confusion, il n’y eut pas que des prisonniers politiques qui s’échappèrent. Quelques responsables et informateurs furent battus à mort par la foule. Mais les coups restèrent l’exception et en général les éléments les plus raisonnables parmi les ouvriers s’arrangèrent pour empêcher les actes de violence. Les manifestants mirent sous clé ou détruisirent toutes les armes qu’ils trouvèrent.

Aux usines Buna de Merseburg, une discussion s’engagea entre un officier russe et les ouvriers. Les meneurs de la grève soulignèrent que les travailleurs avaient subi l’oppression. A présent, pour la première fois ils étaient libres et heureux. « Les gens sont-ils libres lorsqu’ils détruisent, tuent et assassinent tout et tout le monde ? », demanda l’officier ; les ouvriers surent lui répondre : « Nous n’avons tué ni assassiné personne. La Constitution dit que nous avons le droit de faire la grève. » L’officier en convint mais exécuta ses ordres d’arrêter les meneurs de la grève et de les faire conduire à la Police populaire.

Que ce soit précisément le caractère discipliné et non violent du soulèvement qui ait mis en danger le SED, on peut l’induire indirectement des rapports rétrospectifs parus dans la presse du parti, qui justifiaient la répression brutale en calomniant les « chefs de bandes » et leurs méthodes prétendument violentes. Sous le titre : « Le fascisme montre son visage hideux », Neues Deutschland affirmait le 23 juin 1953 :

« Le 17 juin... des hordes fascistes se répandirent dans les rues, assassinant, pillant, détruisant et hurlant. Dans le chef lieu de province de Halle, les bandits assassinèrent un policier populaire... Leur dessein criminel était de détruire les réserves de vivres du peuple, et ils n’avaient pas même une pensée pour les enfants et les bébés. A Gôrlitz, de forts groupes de provocateurs fascistes forcèrent des camions de lait à faire demi-tour aux portes de la ville... Qui étaient ces provocateurs et ces espions ?... A Leipzig, Gerda Schiffel, une prostituée professionnelle de 22 ans, prit la tête d’une bande de tueurs et les mena à la Ritterstrasse où elle incita la foule à envahir et à saccager la maison de jeunes de la FDJ. Quand les policiers populaires tentèrent d’intervenir, Schiffel ordonna à ses partisans de les tuer. Elle a sur la conscience la mort des gens qui laissèrent ce monstre dépravé les conduire jusque sous le feu de nos forces armées. »

Ces efforts frénétiques destinés à discréditer les rebelles et leurs méthodes suggèrent que, parce qu’elle ne correspond pas au schéma idéologique de la contre-révolution fasciste, une action non violente disciplinée peut mettre dans l’embarras un régime communiste. Le 17 juin, ce fut l’utilisation efficace de l’armée qui tira le régime du SED de cet embarras. Existe-t-il des tactiques non violentes qui laisseraient espérer le succès lors d’affrontements entre résistants et forces armées ? II y a deux larges possibilités : la fraternisation et le refus de l’affrontement.

Pour que la fraternisation puisse produire quelque effet, il faut que les soldats aient une idée de l’identité, des buts et des méthodes des résistants. II peut être plus important d’informer et d’influencer les officiers que la troupe ; le 17 juin, des cas de désobéissance significatifs se produisirent plutôt parmi les officiers que parmi leurs subordonnés. Aucune tentative ne fut faite le 17 juin pour parler et faire passer des informations aux soldats russes, qui étaient stationnés dans des camps isolés et fréquemment remplacés par des troupes fraîches venues de Russie. Le maire de Berlin-Ouest, Ernst Reuter, rédigea en russe une adresse destinée aux membres des forces d’occupation soviétiques et l’enregistra dans un studio de radio. Mais les Alliés en interdirent la diffusion ; ils arrêtèrent aussi la tentative d’une organisation d’émigrés russes qui voulaient se poster sur la frontière avec un camion muni de haut-parleurs pour exhorter les soldats russes à ne pas user de violence contre des ouvriers qui manifestaient pour défendre leurs droits.

Si, dès les premiers stades du soulèvement, on avait essayé d’informer de sa nature les troupes russes et allemandes, il aurait probablement été possible de les convaincre de ne pas recourir à la force contre les manifestants, même lors de confrontations directes. Lorsque les chars russes se montrèrent, la plupart des rebelles se rendirent ou se dispersèrent. Saisis d’une rage impuissante, quelques jeunes lancèrent des pierres. Cependant, à Jena, il y eut un acte de résistance spécifiquement non violente des femmes s’assirent en rangs devant quelques chars et les arrêtèrent ; d’autres, au milieu de la foule énorme, poussèrent des trams l’un contre l’autre pour former une barricade. Mais les manifestants n’étaient pas familiarisés avec les méthodes de résistance non violentes. Lorsque les Russes ouvrirent le feu, la foule se dispersa .

II est impossible de dire ce qui se serait produit si la foule avait montré plus de résolution. Partout, les chars n’avançaient que très lentement à travers les attroupements, et lorsqu’ils ne rencontraient pas de résistance armée, les soldats déchargeaient en l’air leurs fusils. Par la suite, quelques officiers et soldats russes et allemand furent passés par les armes pour refus d’obéissance. Le ministère fédéral des Affaires pan-allemandes a établi à dix-sept le nombre des officiers et soldats russes ainsi exécutés. A Berlin Zehlendorf, un monument a été érigé à la mémoire de ces héros inconnus du soulèvement.

Des affrontements ne peuvent prendre une tournure favorable à la résistance que s’ils sont préparés et organisés d’avance et conduits d’une manière délibérément non violente. Ils sont toujours risqués et peuvent avoir pour résultat de nombreuses victimes, pas toujours toutes du côté des résistants. II faut garder toujours à l’esprit qu’une mutinerie parmi les troupes de répression sera punie d’exécutions sommaires, à moins qu’elle se propage largement ou qu’elle ne soit lancée par les officiers eux-mêmes. Par conséquent, une tactique plus sûre peut être le refus des affrontements de masse, ce qui ne signifie pas qu’on renonce à résister. Entre 14 et 16 heures le 17 juin, l’état d’urgence fut proclamé dans de nombreuses villes d’Allemagne de l’Est, mais les comités de grève de Halle, Bitterfeld et Merseburg continuèrent à appeler à la grève générale. Lorsque par la suite on leur demanda si cette consigne ne mettait pas en danger la vie des gens, des meneurs qui s’étaient réfugiés à l’Ouest répondirent que « dans les rues, les manifestants peuvent être facilement dispersés par les chars, mais ce n’est pas le cas s’ils restent chez eux ou mènent une grève sur le tas, à leurs postes de travail » . Le président du comité de grève de Bitterfeld rappelle quelques mesures préalables qui furent prises pour éviter les affrontements de masse

« A 1 heure de l’agrès-midi, après la libération des prisonniers, nous (les membres du comité) avons compris que, pour éviter les heurts, nous devrions continuer la grève sous une forme tout à fait différente. A la radio locale, nous avons appelé les ouvriers à regagner leurs entreprises mais à ne pas reprendre le travail. Nous avons pressé les autres citoyens de rentrer chez eux, les magasins d’alimentation de rouvrir et les travailleurs du gaz et de l’électricité de reprendre leur service. La plupart des gens ont suivi nos conseils ou se sont dispersés. Deux heures plus tard, l’état d’urgence était proclamé. Nous étions prêts. II n’y a pas eu besoin d’arrêter des émeutes de rue. A nouveau, nous avons radiodiffusé un appel pour que les gens ne se remettent pas au travail avant que nous le leur demandions. C’était ainsi qu’eux-mêmes voulaient que les choses se passent. »

Rainer Hildebrandt a examiné les conséquences possibles d’une grève générale non violente prolongée :

« Personne aujourd’hui ne peut dire comment la situation aurait évolué si la grève avait pris la forme d’un arrêt de travail non violent et prolongé, au lieu de se développer en plein air et, en certains endroits, de tourner à la manifestation violente. Lorsqu’on pèse le pour et le contre, il faut tenir compte que, dans certaines usines où la grève sur le tas se poursuivit plusieurs jours, les travailleurs ne subirent aucune perte et même obtinrent la libération de quelques-uns de leurs camarades de travail qui avaient été arrêtés pour faits de grève. »

II faut toutefois souligner qu’une grève générale prolongée exige au moins un minimum d’organisation et de communication entre les nombreuses usines concernées. Eugen Stamm a raison de dire que certaines faiblesses de la grève lui furent fatales : « Manque de préparations au plan de l’organisation ; absence d’une direction centrale ; incapacité des meneurs de grèves locales à rester en contact les uns avec les autres »

Dans la présente étude, je n’ai pas essayé d’envisager les chances qu’aurait un autre soulèvement dans les conditions actuelles, mais plutôt d’explorer la question posée par Thielicke sur l’applicabilité des principes de Gandhi au conflit Est-Ouest. On peut peut-être tirer deux conclusions principales : d’abord, qu’une résistance non violente de grande ampleur peut ébranler la suffisance idéologique d’un régime communiste et de son appareil de parti ; et ensuite, qu’une résistance non violente prolongée contre un régime communiste implique une utilisation consciente et disciplinée de l’action non violente ainsi qu’une organisation et des communications efficaces. Ces deux conclusions laissent penser qu’il est possible d’appliquer avec succès les principes gandhiens. A tout le moins, on ne peut affirmer que l’expérience historique prouve que la défense civile contre un occupant communiste est vouée à l’échec.

Source : AnarchismeNonViolence2.org

Cet article provient de Anarkhia

L’URL pour cet article est : http://www.anarkhia.org/article.php?sid=1738


Dans la même rubrique