Une nécessité ambiguë
Publié dans "Non-violence actualité" n° 201, avril 1996.

Pour ceux qui parient sur la non-violence collective, le recours à la violence n’est jamais un mal « nécessaire ».

Article mis en ligne le 27 mai 2009
dernière modification le 25 août 2011

par FS
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Pour ceux qui parient sur la non-violence collective, le recours à la violence n’est jamais un mal « nécessaire ».

Jean-Marie Muller, interviewé [sur son livre Principe de non-violence] par NVA (février 1996) [1] pense que la violence n’est jamais légitime mais qu’elle est parfois nécessaire. Cette affirmation, évidemment sincère, me paraît ambiguë. « Il se peut, dit-il, que dans une situation extrême, comme l’agression d’une personne sous mes yeux, je ne sache pas faire autrement que d’être violent pour tenter de protéger la vie de cette personne ». Il suggère d’abord une nécessité de fait, résultat d’un conditionnement : « que je ne sache pas faire autrement ». Là, il a raison de rappeler que « nécessité ne vaut pas légitimité ». Mais il suggère aussi une obligation morale : « protéger la vie de cette personne », défendre, plus généralement, les droits de l’homme, la démocratie, les valeurs qu’il juge supérieures et « au service » desquelles il préconise de mettre la non-violence [2].

Ce qu’il appelle nécessité d’être violent résulte ici de la hiérarchie de valeurs qu’il a adoptée. Ceux qui, comme lui, admettent des valeurs supérieures à la non-violence, acceptent par là-même l’éventualité que le recours à la violence se révèle, comme on dit, « un mal nécessaire ». « Nécessaire » est alors un euphémisme qui remplace « légitime », trop associé à la bonne conscience. Mais, légitime ou nécessaire, le recours ultime à la violence se trouve, dans les deux cas, en bon français, justifié par des valeurs supérieures.

Il ne faut pas jouer avec les mots. Pour que les adultes, pour que nos enfants y voient clair, il faut dire carrément que cette justification est étrangère à l’esprit de la non-violence. La non-violence collective, en particulier, exclut spécifiquement le recours ultime aux forces armées parce qu’elle ne se met pas en balance avec les autres valeurs : elle est leur critère. C’est sur ce point que s’accordent pratiquement des individus aux éthiques, par ailleurs, différentes : morales religieuses, morales de la pureté personnelle, morales de l’efficacité par l’impact psychologique et par le nombre.

François Sébastianoff

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Notes :

[1Le présent texte a été publié dans Non-violence actualité n° 201, avril 1996.

[2Voir dans Non violence : éthique et politique. Contribution au débat. (MAN juin 1996), texte collectif adopté par le congrès du MAN en nov. 1995, le chap. 2 : « La non-violence au service de la démocratie ».




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