La servitude volontaire Publié dans "Non-violence actualité" n° 186, déc. 1994.

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Pour en finir avec l’illusion volontariste de La Boétie.

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Les réflexions d’Alain Refalo intitulées « Etienne de La Boétie et la servitude votontaire » (NVA, octobre 1994) [1] pourraient être utilement complétées à partir des grilles d’explication proposées par les sciences humaines, notamment à partir de la grille sociologique qu’élabore Pierre Bourdieu.

Comme le dit Loïc Wacquant dans son introduction à l’ouvrage de Bourdieu intitulé Réponses (Seuil, 1992, p. 28), « Bourdieu rejette l’alternative de la soumission et de la résistance ; il propose une analyse [...] qui évite le psychologisme naïf ou l’essentialisme de la “servitude volontaire” de La Boétie. S’il est bon de rappeler que les dominés contribuent toujours à leur propre domination, il est nécessaire de rappeler dans le même mouvement que les dispositions qui les inclinent à cette complicité sont aussi un effet incorporé de la domination [...]. Ainsi la soumission des travailleurs, des femmes et des minorités raciales n’est-elle point, dans la majeure partie des cas, une concession délibérée et consciente à la force brute des cadres, des hommes et des Blancs. Elle trouve sa genèse dans (une) correspondance inconsciente [...]. Elle se loge au plus profond du corps socialisé ; elle est, pour tout dire, l’expression de la somatisation des rapports sociaux de domination ».

Si on veut modifier les structures mentales qui permettent à la domination de se perpétuer, il est indispensable de dépasser les incantations volontaristes et de comprendre comment nous sommes conditionnés.

François Sébastianoff

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[1Le présent texte a été publié dans Non-violence actualité n° 186, déc. 1994.

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