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Syrie : entendez-vous la non-violence sous le fracas des bombes ?
Article mis en ligne le 22 juillet 2018
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La multiplicité et l’inventivité des actions non-violentes et de résistance civiles qui se sont développées depuis 2011 en Syrie est impressionnante mais reste méconnue. Le livre Non-violence dans la révolution syrienne aide à en savoir plus.

Origine Alternative non-violente

En 2011 la Syrie est bouleversée par un soulèvement populaire inédit. Des manifestants par milliers réclament la liberté, souvent dans un esprit explicitement non-violent. Ils font l’objet d’une répression sanglante. Très vite, le mouvement révolutionnaire est contraint d’inventer des formes de protestation moins vulnérables à la répression.

Une révolution non-violente interrompue par les armes

« On doit se souvenir qu’avant mars 2011, il n’existait pas de société civile en Syrie parce que les libertés d’expression, de réunion et d’association étaient extrêmement limitées ; et les retombées étaient redoutables pour ceux qui ne respectaient pas les règles », note Leila Al Shami. Mais rapidement, des actions d’abord isolées puis massives se multiplient. La jeunesse constitue le centre de l’opposition civile. Jours de liberté est un collectif créé en 2011 qui rassemble plusieurs groupes non-violents. Il est à l’origine de la « grève pour la dignité » de décembre 2011, première grève générale en 40 ans de régime Baath, qui est suivie massivement. Le régime emprisonne, ferme des commerce et des usines, mais n’arrive pas à éteindre le mouvement.
Dès 2011, devant l’écrasement dans le sang de manifestations, des groupes d’autodéfense armés se forment. Des militaires du régime désertent et annoncent en juillet 2011 le lancement de l’Armée syrienne libre. Ce passage à l’action armée permet le passage à un niveau de répression accru de la part du régime d’Assad, qui se transforme en véritable boucher. L’opposition armée comme civile subit des traitements d’une barbarie indicible. Le régime libère alors des jihadistes emprisonnés. « Bachar-al-Assad a tout fait pour militariser, puis jihadiser une opposition initialement pacifiste afin d‘enterrer par une guerre ouverte un processus de nature politique », résume Jean-Pierre Filiu (1).

Même sous la répression, la résistance non-violente se poursuit

Malgré ce contexte, les résistances civiles perdurent, nombreuses et inventives. A Damas, en 2011 et 2012, des jeunes gens colorent les fontaines de la ville de peinture rouge, diffusent des discours et des chants de résistance sur des hauts parleurs nichés dans des arbres, envoient partout des ballons de baudruche avec des messages d’encouragement. Ils organisent dans les rues de la capitale un lancer de balles de ping-pong sur lesquelles est écrit « liberté ». Alors que les communications sont surveillées et la parole étouffée, les damascènes découvrent un matin des drapeaux de la révolution érigés simultanément en de nombreux endroits de la ville, symbole de la poursuite d’une résistance organisée.
A Salamiyeh le mouvement La rue est à nous émerge en 2012 face à la répression sanglante de toute manifestation. Des rendez-vous sont donnés chaque semaine pour se rassembler en ville de manière officieuse sans slogans et sans drapeaux, comme de simples passants présents par hasard. Manière de défier subtilement la répression et de se donner de la force.

Des comités locaux par centaines

Une dimension peu connue de l’action civile démocratique depuis 2011 est la création de centaines de comités locaux et de conseils locaux auto-organisés. Ceux-ci doivent beaucoup à l’anarchiste syrien expatrié Omar Aziz, rentré au pays dès les débuts de la révolution en 2011 et mort en prison à l’âge de 63 ans en 2012. C’est lui qui crée le premier comité local à Barzeh (Damas) en 2011.

Les centaines de comités locaux qui sont créées à sa suite sont des structures de solidarité et d’entraide horizontaux, qui organisent également des grèves et des refus de payer l’impôt.

Les conseils locaux sont quant à eux organisés au niveau de la commune ou du district, ils sont des structures administratives parallèles à celles de l’Etat à l’intérieur des zones libérées. Ils assurent la gestion des services de base comme l’état civil, l’éducation et l’accès à l’eau et organisent des élections démocratiques. Depuis plusieurs années, davantage par nécessité que par idéologie, de nombreux syriens organisent leurs existences à travers ces structures autogérées.

Et aujourd’hui ?

Avec l’enlisement dans une situation de guerre civile, avec l’emprisonnement, la mort et l’exil d’une partie importante de la population, les actions civiles n’ont pas pu prendre de l’ampleur et ont souvent dû se recentrer sur l’aide humanitaire. Cependant aujourd’hui encore, la société civile, en Syrie comme en exil, reste aussi active qu’il est possible dans les interstices laissés par la logique des armes, pour faire entendre son cri de liberté et de dignité.

« La suspension des bombardements s’est traduite en Syrie par un regain du militantisme civique et par un nouvel essor de la résistance non-violente. Il faut garder en tête que même si le mouvement social syrien n’a pas été visible depuis longtemps, la résistance civique non-violente n’a jamais cessé d’exister parallèlement à la militarisation. Loin d’avoir disparu, elle est simplement moins visible » (2).

Guillaume Gamblin

En marge :
(1) Jean-Pierre Filiu, « Les dictateurs arabes, comme les mamelouks, imposent une domination militaire », Libération, 5 janvier 2018.
(2) Leïla-al-Shami, avril 2016, « Il y a une résistance démocratique en Syrie, et personne ne la soutient », p.39, in Sur la révolution syrienne, éd. La Lenteur, 2017.

Non-violence dans la révolution syrienne, Silence et Les éditions libertaires, 2017, 120. p, 9. €. + 2,5€ de port. Commandes auprès de Silence, 9, rue Dumenge, 69317 Lyon Cedex. Chèques à l’ordre de Silence.
Couverture du livre en illustration.


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