Le dernier combat de Martin Luther king
Sylvie Laurent
Article mis en ligne le 3 avril 2018

par ps
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Le 4 avril 1968, Martin Luther King était assassiné à Memphis par un partisan de la ségrégation raciale. Cinquante ans plus tard, l’histoire officielle retient l’image du pasteur noir luttant pour les droits civiques, du patriote œuvrant pour la réconciliation nationale. Mais elle passe sous silence des pans entiers d’une vie consacrée à l’égalité sous toutes ses formes.

De façon inopinée, il y a quelques semaines, les foyers américains ont entendu résonner la voix de Martin Luther King et découvert un discours peu connu : « L’instinct du tambour-major ». prononcé exactement cinquante ans plus tôt. Ce rendez-vous impromptu entre le leader révolutionnaire et le téléspectateur prit la forme d’un message publicitaire pour les camions RAM, diffusé lors de la mi-temps du Super Bowl, un espace prisé des annonceurs et presque aussi commenté que le résultat du match. Cette publicité qui vantait la force virile d’un camion tout-terrain, exaltait le drapeau et l’armée, l’héroïsme quotidien des familles anonymes au son du sermon de King fit frémir certains. Plus grave, elle laissa le plus grand nombre de marbre.

Que la grand-messe télévisée de la consommation de masse s’offre les droits de diffusion des discours du pasteur illustre déjà l’absence de limites de la marchandisation, y compris celle des révoltes, rébellions et sacrifices pour la justice. Mais l’ironie de cette usurpation tient au propos de King, qui, dans ce même discours, se lançait quelques paragraphes plus loin dans une charge virulente contre le matérialisme de son pays. Il raillait ses concitoyens séduits par des publicitaires dont le boniment les incitait à acheter des signes de distinction, « telle ou telle voiture », pour devenir des hommes. Ils « paradent en Cadillac » pour être quelqu’un, tonnait-il. Selon lui, cette industrie de l’envie tuait l’Amérique à petit feu.

Plus que jamais, en ce mois de célébration du cinquantenaire de sa mort, Martin Luther King est panthéonisé. Se souvenir que c’est sous le président conservateur Ronald Reagan que fut instauré, en 1983, un jour férié en hommage au révolutionnaire socialiste permet de comprendre la supercherie qui s’est généralisée depuis, la stratégie d’aseptisation et de captation qui s’est développée. Les usages politiques de la mémoire ont été redoutables : pour nourrir le récit d’une nation réconciliée, il fallait oublier le dissident.

(Suite de l’article Monde diplomatique ou Le blog de Jeannick


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