Les bicyclettes blanches d’Amsterdam

, par  ANV2 , popularité : 15%

Un des meilleurs exemples de provocation – « la provocation de l’autorité, de façon que celle-ci révèle sa véritable nature antisociale » – est sans nul doute le projet des bicyclettes blanches.

Celui-ci se présente comme une protestation contre la tyrannie de la circulation des voitures.

« La bicyclette blanche symbolise la simplicité et l’hygiène contre le faste et la saleté de l’auto autoritaire. »

Mais cette action – qui consista à peindre quelques bicyclettes en blanc et à faire savoir qu’elles se trouvaient à la libre disposition de quiconque – fut encore plus subtile.

« La bicyclette blanche est anarchiste. Tous ceux qui en auront besoin pourront s’en servir à condition de la laisser dans la rue après usage. La bicyclette blanche sera une provocation à l’adresse de la possession privée capitaliste. »
La police, évidemment, confisqua les bicyclettes sous le prétexte qu’elles étaient susceptibles d’être volées. Car une loi veut que toute bicyclette laissée dans la rue soit mise sous clef. Cette loi, qui vise à obliger les gens à protéger leurs véhicules, conduit à présumer que d’autres voleront votre bicyclette et signifie qu’il est illégal d’avoir confiance en ses proches (même si vous savez que cette confiance sera quelquefois mise à l’épreuve).

Un autre aspect de cette action fut donc d’exposer une conception des relations sociales basée sur la confiance et la responsabilité.

Toute la subtilité de cette action n’a probablement pas toujours été perçue. Toujours est-il que les provos – même si, par ailleurs, en tant que « mouvement », on peut être amené à faire des réserves – nous montrent là, et ils ne sont pas les seuls, une voie nouvelle pour les manifestations qui nous semble en progrès par rapport au style conventionnel.

Ainsi que l’écrit le chanteur de folk-songs américain Peter Seeger : « Ce qu’il y a de meilleur chez les provos d’Amsterdam est leur sens de l’humour. Vous avez entendu parler de leurs bicyclettes blanches. Lorsque la police les arrêta parce que la loi dit que toute bicyclette se doit d’être mise sous clef, ils mirent des cadenas à combinaison et peignirent les chiffres de la combinaison pour que tout le monde les voit. Plus tard, ils annoncèrent dans les journaux qu’ils distribueraient des tracts scandaleux à six heures un soir dans un certain endroit public. La police était au rendez-vous et dès que les provos se mirent à sauter et à danser dans le square, tenant à la main les feuilles de papier, ils furent promptement encerclés. Alors, un des policiers regarda le papier. Il était blanc des deux côtés. Les provos criaient gaiement : Faites votre propre tract ! Faites votre propre tract ! » (« Win peace and freedom thru non-violent action » : « Gagnons la paix et la liberté par l’action non violente », juillet 1967.