Le jeu de la guerre froide

, par  ANV2 , popularité : 11%

Le 21 novembre, à 18 h 30, dans un vaste marché en plein air de Stockholm, les passants furent surpris d’assister à une bataille entre deux groupes de personnes (de 25 chacun) – des « communiste » portant des brassards rouges et des « capitalistes » portant des brassards bleus. Ils avançaient l’un vers l’autre, montrant leurs poings et criant entre autres, les bleus : « À bas le communisme » et les rouges : « À bas le capitalisme ».

Chaque groupe portait avec lui une grosse « bombe » couleur argent et, à un moment donné, les bombes furent lancées vers l’« armée » opposée. Il y eut une petite explosion et les deux groupes tombèrent morts. On entendit de la musique. Roland Von Malmborg chantant une version suédoise des « Maîtres de la guerre » de Bob Dylan et une fille de dix-huit ans, habillée en deuil, vint poser une couronne aux pieds des massacrés, avec écrit dessus : « Pour ceux morts à la guerre atomique. »

Après quelques minutes, les « morts » furent relevés par la police qui venait disperser ce rassemblement illégal, mais qui arrivait trop tard – la bataille était terminée. Celle-ci avait été montée avec succès par Provie, un nouveau groupe à Stockholm, prenant modèle sur les Provos d’Amsterdam. Ce fut leur premier happening – un rappel bien à propos de la guerre froide.

Le public qui assistait et le journaliste qui interrogeait les participants parurent tous deux acquis par la spontanéité de la manifestation. On lui consacra tout un reportage dans les journaux du matin et de l’après-midi du jour suivant. Étendus morts, nous apercevions un grand cercle de gens tout autour de nous, éclairés de temps en temps par les flashes des appareils photos. La police parut plutôt déroutée quand nous dîmes qu’aucun en particulier n’avait organisé la manifestation – un « communiste », étendu près de moi, lui raconta qu’elle était organisée par Kossyguine et Johnson. Une fois tout cela terminé, plusieurs discussions et conversations s’engagèrent entre les manifestants et le public qui restait là, curieux de voir ce dont il s’agissait. Pour une fois, il nous sembla avoir pris contact avec les gens d’une manière qui n’est pas possible lors de marches ou de meetings publics.

«  Peace News », numéro 1588, du 2 décembre 1966.
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Kay Oscarsson